Accès à la justice des femmes : le Sénégal prend la parole à la CSW70



New York, 16 mars 2026 — Du 9 au 19 mars 2026, le siège des Nations Unies accueille la 70ᵉ session de la Commission de la condition de la femme (CSW70), l’un des forums intergouvernementaux les plus importants au monde en matière d’égalité de genre et de droits des filles.
C’est dans ce cadre que Madame Yassine Fall, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux du Sénégal, a pris la parole lors d’un événement parallèle organisé par le Ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, consacré au thème : « Améliorer l’accès à la justice des femmes par le renforcement de la multisectorialité et par un dispositif de prise en charge holistique de proximité » — une thématique conjuguant expertise judiciaire, approche sociale et gouvernance territoriale, au cœur de l’agenda de transformation porté par le Sénégal.
La rencontre s’est tenue au siège de l’Observateur Permanent de l’Union Africaine, en présence de plusieurs personnalités de haut niveau dont: Madame Amina Mohammed, Vice-Secrétaire Générale des Nations Unies, Madame Nyaradzayi Gumbonzvanda, Directrice Exécutive adjointe d’ONU Femmes, ou encore Madame Fatou Kinteh, Ministre du Genre, de l’Enfance et de la Protection sociale de la République de Gambie.
Un contexte mondial alarmant
Dans son mot d’ouverture, Madame Maïmouna Dieye, Ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, a posé le cadre : dans le monde d’aujourd’hui, les femmes ne jouissent que de 64 % des droits reconnus aux hommes. Faire de l’accès à la justice une exigence morale n’est pas une option — c’est une condition sine qua non pour transformer durablement nos sociétés.
Les mots de Madame Amina Mohammed ont résonné avec une clarté saisissante :
« La violence sexuelle est utilisée comme arme de guerre. Des filles sont déplacées, victimes de traite, soumises à des violences sans aucun accès à la justice. Tout cela prouve que les engagements pris dans des salles comme celle-ci n’ont toujours pas atteint les femmes pour lesquelles ils ont été formulés. »
La justice au cœur de l’égalité
Dans son intervention, Madame Yassine Fall a rappelé avec force la vocation essentielle de la justice : elle ne se limite pas à trancher les litiges — elle restaure l’équilibre social, prévient les injustices et renforce la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Au-delà des avancées normatives dont le Sénégal peut se prévaloir — loi de 2008 sur l’équité fiscale, loi de 2013 sur la transmission de nationalité —, la Ministre a nommé les obstacles concrets qui freinent encore les femmes : coût des procédures, éloignement géographique des tribunaux, méconnaissance des droits, pesanteurs socioculturelles.
Multisectorialité en actes : l’autorité parentale après séparation
L’un des moments forts de l’intervention a été la présentation d’un exemple concret de coopération interministérielle. En octobre 2025, un workshop initié par le Ministère de la Justice a permis d’harmoniser l’exercice de l’autorité parentale après séparation. Il est désormais clairement établi que, lorsque la garde de l’enfant est confiée à la mère par décision de justice, celle-ci exerce pleinement les droits parentaux — y compris en matière de mobilité des enfants mineurs.
Violences faites aux femmes : des chiffres qui interpellent
Madame la Garde Des Sceaux a également souligné la responsabilité particulière des institutions judiciaires face aux violences faites aux femmes, l’une des violations des droits humains les plus répandues au monde. Les statistiques partagées ont marqué les esprits :
- 31,9 % des femmes sénégalaises ont subi au moins une forme de violence (physique, psychologique ou sexuelle) – 36 % en milieu urbain, contre 24,9 % en milieu rural
- 1 300 cas de violences recensés par l’Association des femmes juristes dans les boutiques de droit en 2024.
Sur le plan carcéral, le Sénégal se distingue favorablement : moins d’une femme pour trente détenus, contre une sur quinze au niveau mondial. Ces données illustrent à la fois les progrès accomplis et les défis qui demeurent.
Cap sur le Sénégal 2050
L’intervention de Madame Yassine Fall s’est inscrite dans la vision Sénégal 2050 — ambition nationale d’une nation souveraine, juste et prospère. Garantir l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles n’est pas une priorité sectorielle parmi d’autres : c’est l’un des fondements de cette transformation.
Madame la Ministre a appelé à une mobilisation collective associant pouvoirs publics, société civile, institutions internationales et communautés locales. L’éducation aux droits, la sensibilisation et la promotion de l’égalité de genre demeurent des leviers essentiels pour que les réformes législatives se traduisent en réalités vécues.





